
Face à la hausse des situations de mal-être psychologique chez les étudiants, l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (ENS AAMA) place la santé mentale de ses élèves au cœur de ses priorités.
Dans cette interview, Sonia Dridi, Conseillère Principale d’Éducation (CPE) de l’établissement – et secouriste en santé mentale – revient sur le dispositif d’accompagnement spécifique mis en place et notamment la formation PSSM qui s’inscrit pleinement dans cette démarche.
L’ENS AAMA est une école publique dans les domaines du design et des métiers d’art. Reconnue pour la qualité de son enseignement et son ouverture internationale, elle forme depuis plusieurs décennies des créateurs appelés à répondre aux enjeux contemporains de la création et du design.

Comment l’ENSAAMA s’engage-t-elle dans la protection de la santé mentale de ses étudiants ?
Depuis ma prise de fonction en septembre 2022, j’ai constaté l’état de souffrance psychique de nos étudiants et les limites de l’aide que nous pouvions leur apporter. Face à la dégradation des conditions de vie étudiante, nombreux sont nos étudiants impactés par des symptômes dépressifs ou d’anxiété qui n’échappent pas à la vigilance des équipes pédagogiques, éducatives et administratives de l’établissement.
Or, rares sont les étudiants dont le diagnostic a été posé par un médecin, tant il est difficile de rencontrer un professionnel de santé à Paris. A fortiori, lorsque les étudiants arrivent de régions sans médecin attitré sur leur lieu d’études.
Le directeur de l’école a décidé d’en faire l’une des missions prioritaires. Il m’a alors confié la mise en place d’un projet d’accompagnement psychologique en direction des étudiants en souffrance. Il s’agissait aussi de trouver le financement pour réaliser ce projet.
Comment s’inscrit la formation PSSM dans la politique de l’ENSAAMA ?
La formation PSSM s’inscrit dans la volonté de l’établissement de répondre à la prise en charge des problèmes de santé mentale dans un environnement parisien où les cabinets de psychologues et de psychiatres sont saturés et ne peuvent résorber les flux de plus en plus nombreux des personnes en souffrance.
Il s’agit dès lors de sensibiliser le plus grand nombre d’étudiants et d’enseignants volontaires à une meilleure connaissance des troubles psychiques pour ainsi contribuer au développement d’une culture commune de la santé mentale, afin de venir en aide à son entourage au sein et en dehors de l’établissement.
En tant que secouriste en santé mentale, comment intégrez-vous les compétences acquises lors de la formation dans votre quotidien professionnel ?
Les informations reçues pendant la formation et les interrogations des stagiaires m’ont fait prendre conscience de l’intérêt d’une telle formation pour dédramatiser la question de la santé mentale et déconstruire les idées reçues.
En termes de compétences, j’apprends à développer le soutien à la personne pour l’informer et l’encourager à se diriger vers des professionnels. Je fournis les ressources dont je dispose pour l’aider à trouver l’aide la plus adaptée à son besoin.
Avez-vous un exemple de situation où la formation PSSM vous a été utile ?
Je citerais un exemple marquant. Lors de la formation, une méthodologie de questionnement nous a été proposée pour faire face à l’hypothèse d’une personne paraissant vouloir se suicider : il est alors très important pour l’écoutant de questionner l’écouté sans tabous en lui demandant s’il a élaboré des scénarios de suicide.
De prime abord, la verbalisation de l’interrogation m’a paru à la fois violente et intrusive. Toutefois, une fois placée dans une telle situation, avoir expérimenté de poser la question m’a permis de constater que l’intéressé faisait part des scénarios qu’il projetait sans réserve. Puis, j’ai appelé le 15 et tout en restant dans la même pièce, j’ai laissé l’étudiant s’entretenir directement avec le médecin régulateur avant qu’il ne l’oriente vers les urgences. Lorsque j’ai de nouveau rencontré cette situation, j’ai eu le réflexe d’appliquer cette même procédure dans un cas qui, selon les urgences, ne nécessitait pas d’hospitalisation immédiate.
D’un point de vue personnel, je suis beaucoup plus attentive aux personnes de mon entourage fragilisées par un événement traumatisant.
Pour aller plus loin
- Lire l’article : L’Université de Bordeaux : un engagement exemplaire pour la santé mentale des étudiants
- Lire : PSSM Formation avec les jeunes : 5 articles
- Lire notre dossier spécial sur la santé mentale des jeunes – PSSM France : 11 articles
- S’inscrire à une formation de secourisme en santé mentale