Ce témoignage est issu de l’épisode 8 du podcast Apprendre à aider, le podcast de PSSM France consacré au secourisme en santé mentale.
Dans cette interview, on donne la parole à deux voix : celle du secouriste en santé mentale et celle de la personne aidée. Un regard croisé rare et précieux qui permet de comprendre ce qui se joue réellement dans la relation d’aide : ce que le secouriste met en place, ce que la personne traverse, ce qu’elle refuse parfois… et ce qui finit, parfois, par ouvrir une possibilité d’aller mieux.

Quand sa fille développe des troubles des conduites alimentaires (TCA), Katia se sent démunie. Jusqu’au jour où sa formation aux Premiers secours en santé mentale lui donne un cadre, des outils et surtout une méthode pour accompagner sans brusquer. Avec Candice, sa fille, elles reviennent ensemble sur ce cheminement marqué par l’inquiétude parentale, le refus d’aide et la construction progressive d’un dialogue.
Comment reconnaître les signes d’un trouble du comportement alimentaire chez un proche ?
Katia, à quel moment avez-vous compris que quelque chose n’allait pas ?
Katia : Candice présentait des troubles alimentaires, avec des périodes où elle mangeait énormément et d’autres périodes où elle s’alimentait assez peu. C’est passé relativement inaperçu dans les premiers temps et il y a eu vraiment une aggravation de ce comportement-là […] avec une perte de poids importante qui nous a vraiment inquiétés avec mon mari.
Mon mari la sollicitait beaucoup pour qu’elle mange, et moi je lui disais, non, laisse-la, on surveille. On s’est dit de toute façon au pire, on l’hospitalisera. Finalement, forte aussi de la formation aux Premiers secours en santé mentale, j’ai dit à Candice :
« On est inquiet pour ta perte de poids et le seul moyen pour nous de nous rassurer c’est que tu ailles voir le médecin, que tu fasses une prise de sang et que tu puisses être accompagnée »
Katia, secouriste en santé mentale
Le témoignage de Candice sur les troubles du comportement alimentaire
Candice, comment viviez-vous cette période ?
Candice : Ça se traduisait souvent par une perte d’appétit, voire des nausées soit à la vue, soit à l’odeur de la nourriture. Et même quand je me forçais à manger […] je n’arrivais pas à prendre de grosses quantités. C’est vraiment à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’avais un problème : […] quand on prend ne serait-ce qu’une bouchée et que ça nous donne la nausée, une envie de vomir comme pas possible, ce n’est pas gérable.
Après je sais que c’était accompagné de la vision du physique, c’était soit je me trouvais trop grosse, soit trop maigre. Et ça accentuait un peu cet effet-là.
Quels sont les signes et les symptômes de l’anorexie mentale ? Comment la reconnaître et comment se comporte une personne souffrant d’anorexie mentale ? Découvrez notre article pour mieux comprendre et mieux aider un proche.
Lire l’articleComment aider une personne qui ne veut pas être accompagnée ?
Quand votre mère a commencé à aborder le sujet, quelle a été votre réaction ?
Candice : Au début j’ai totalement refusé l’aide, parce que j’étais dans le refus d’accepter qu’on puisse m’aider. J’avais conscience d’avoir un trouble du comportement alimentaire, mais je n’avais pas encore mis de mots dessus […].
Mais au fur et à mesure, j’ai décidé de l’écouter et j’ai entendu sa parole. Et comme elle a pu le dire, j’ai accepté de l’aide à contre-cœur. Je ne voulais surtout pas voir mes parents souffrir de ma souffrance.
Parce qu’il n’est pas toujours évident de savoir comment aider une personne concernée par un TCA, nous vous proposons un carnet du secouriste avec des repères simples et concrets. Il propose des conseils pour adopter une posture de soutien respectueuse, sans jugement.
En savoir plusCe que la formation Premiers secours en santé mentale a changé pour Katia
Katia, qu’est-ce que la formation PSSM a changé dans votre manière d’accompagner votre fille ?
Katia : Je pense que la formation a été vraiment d’un grand secours, parce qu’avec cette dimension affective, je n’avais pas forcément suffisamment de recul en tant que maman.
Vraiment, d’avoir eu cette formation, ça a été un soutien, ça m’a permis de poser les choses avec plus de distance, de façon plus objective aussi, et de pouvoir faire des propositions à des moments adaptés, et avec le consentement de Candice. Je ne sais pas si sans cette formation, j’aurais pu faire cet accompagnement-là.
Vous aussi, apprenez à aider vos proches grâce à la formation PSSM Standard ou PSSM Jeunes.
Je me formePourquoi vouloir forcer une personne à manger peut aggraver la situation ?
Y a-t-il des choses que vous avez essayé de mettre en place au départ ?
Katia : La proposition de départ, ça a été de faire du moment du repas quelque chose de ludique. Ça n’a pas du tout marché. Je lui avais proposé d’aller voir une psychologue, je lui ai proposé un certain nombre de choses, même d’aller au restaurant à des moments un peu plus festifs, mais toujours autour de la nourriture.
Et puis je me suis dit, à force de lui proposer des choses, en fait, il faut que je lâche. Il faut que j’arrête de vouloir absolument la faire manger. Et que je joue plutôt le rôle de la confiance. Il fallait accepter que ce ne soit pas son moment, même si j’avais très envie de l’accompagner et qu’elle aille mieux.
Regard d’expert : comment soutenir une personne souffrant de TCA sans la brusquer ?
Dans l’épisode du podcast Apprendre à aider : troubles des conduites alimentaires, la psychiatre Nathalie Godart, professeure des universités en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent – et membre de la Fédération française anorexie-boulimie – rappelle combien l’accompagnement des troubles des conduites alimentaires demande de la délicatesse.
Elle insiste notamment sur un point essentiel : « Le meilleur moment, ça n’est pas le moment du repas. » Elle explique que :
- les repas sont souvent sources d’angoisse
- il faut privilégier des moments hors alimentation
- et maintenir le lien même en cas de refus
Elle ajoute :
« D’entendre quelqu’un qui se soucie de vous, c’est quelque chose qui ouvre après une possibilité d’entendre les choses »
Nathalie Godart, professeure des universités en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent – et membre de la Fédération française anorexie-boulimie
Le déclic : le moment où Candice accepte l’aide
À quel moment les choses ont-elles commencé à évoluer ?
Candice : Pendant un moment, je ne sais pas pourquoi mais je voulais juste être dans le mal. Et au final, quand on atteint un point de « non-retour », il y a toujours un retour. Quand on se rend compte du puits sans fond dans lequel on peut s’enfoncer et que d’un coup on a un espoir, une petite lueur qui apparaît. On a juste envie de la saisir et de sortir de ce trou.
Le poids des mots, le poids du corps : comprendre les troubles des conduites alimentaires chez les adolescents grâce à notre expert Olivier Canceil, psychiatre spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes
Écouter notre podcastLa Méthode AÉRER© en situation réelle
Comment un secouriste en santé mentale peut aider un proche souffrant de TCA ?

Face aux troubles des conduites alimentaires de sa fille, Katia s’est appuyée sur le plan d’action AÉRER© appris lors de sa formation PSSM. Son témoignage montre concrètement comment cette méthode peut aider à maintenir le dialogue et favoriser l’acceptation progressive de l’aide :
- Approcher la personne, évaluer et assisteren cas de crise : Katia ouvre le dialogue, en partageant ses inquiétudes de manière honnête. « On est inquiet pour ta perte de poids ». Sans ton accusateur ni injonction, elle fait preuve d’empathie et cherche avant tout à créer un espace d’échange.
- Écouter activement et sans jugement : progressivement, Katia cesse de centrer les échanges sur l’alimentation. Elle écoute les préoccupations de sa fille et respecte son rythme, même lorsqu’elle aimerait « aller plus vite ».
- Réconforter et informer :Katia maintient une présence rassurante et propose plusieurs solutions sans les imposer, afin de laisser à sa fille la possibilité de s’en emparer lorsqu’elle se sent prête.
- Encourager à aller vers des professionnels :elle suggère un accompagnement avec le médecin traitant puis avec une psychologue, sans jamais forcer sa fille à accepter l’aide.
- Renseigner sur les ressources existantes:en maintenant le lien malgré les refus, Katia garde une porte ouverte vers les soins et les ressources de soutien, que Candice finit progressivement par accepter.
Le saviez-vous ?
Inspirée du modèle australien développé par (MHFA®I), la méthode AÉRER© est enseignée à l’ensemble des secouristes formés aux PSSM. Elle se base sur des fondements scientifiques et pédagogiques.
En savoir plusLa méthode AÉRER© ne se substitue jamais à l’intervention des services d’urgence ou à un suivi médical : son rôle est d’offrir un premier soutien, de rassurer, d’accompagner et d’orienter vers les ressources appropriées. Pour dérouler ce plan d’action correctement, il est indispensable de suivre la formation de secouriste en santé mentale.
Pourquoi la formation PSSM peut être précieuse pour les parents d’adolescents ?
Avec le recul, qu’est-ce que cette formation vous a apportée ?
Katia : Ce sont des outils, des ressources. Un soutien important dans l’accompagnement. Ça a été vraiment salvateur dans le cas de mon expérience avec Candice, parce qu’il y avait cette dimension affective. Donc de pouvoir avoir un fil conducteur, un fil rouge auquel se raccrocher, ça a été essentiel.
Aider un proche atteint de troubles des conduites alimentaires
Le rôle essentiel du secouriste en santé mentale
Le regard croisé de Katia et Candice montre une chose essentielle : aider ne consiste pas à convaincre à tout prix, mais à rester présent, ouvrir un espace de dialogue et permettre à l’autre de saisir, à son rythme, une possibilité d’aller mieux.
Comme le rappelle Katia, un secouriste en santé mentale n’est « ni un super héros, ni un soignant ». Mais avoir les bons repères, les bons mots et la bonne posture peut faire une différence décisive pour une personne en souffrance. La formation Premiers secours en santé mentale permet justement d’apprendre à :
- repérer les signes d’alerte
- ouvrir le dialogue
- écouter sans juger
- orienter vers les professionnels adaptés
- et soutenir sans se substituer aux soins
Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le podcast Apprendre à aider : mieux comprendre les troubles des conduites alimentaires.
J’écoute le podcastPour aller plus loin
- Écoutez l’épisode de notre podcast Apprendre à aider en intégralité
- Le poids des mots, le poids du corps : comprendre les troubles des conduites alimentaires chez les adolescents grâce à notre expert Olivier Canceil, psychiatre spécialiste de la santé mentale des adolescents
- Vous (ou votre proche) êtes concerné par un TCA ? Vous pouvez contacter des spécialistes ou associations qui pourront répondre à vos questions :
– Anorexie boulimie Info écoute : 0810 037 037
– Association autrement : 01 34 25 95 30 - Vous aussi, apprenez à aider vos proches grâce à la formation PSSM Standard ou PSSM Jeunes.
- Quels sont les signes et les symptômes de l’anorexie mentale ? Comment la reconnaître et comment se comporte une personne souffrant d’anorexie mentale ? Lisez notre article pour mieux comprendre et mieux aider un proche.