Articles Témoignage Parole de secouriste : comment aider une personne qui souffre d’une addiction à l’alcool ?

Tous les articles
15 Juil 2026 Temps de lecture : 10 minute(s).

Parole de secouriste : comment aider une personne qui souffre d’une addiction à l’alcool ?

Se former

Ce témoignage est issu de l’épisode 4 du podcast Apprendre à aider, le podcast de PSSM France consacré au secourisme en santé mentale.

Dans cette interview, deux secouristes, Stan et Christine, prennent la parole. Chacun partage une expérience marquante vécue avec un ami souffrant de troubles de l’usage de l’alcool. Deux situations différentes, qui nous permettent de comprendre comment il est possible d’approcher et d’aider une personne qui rencontre ce type de difficultés. 

Les troubles liés à la consommation d'alcool - PSSM Formation comment aider ?

Stan, racontez-nous une intervention qui vous a marqué ?

Stan : Il s’agit de mon meilleur ami d’enfance. Depuis quelques années, celui-ci est conscient d’avoir une problématique avec l’alcool, une sorte d’« épée de Damoclès » au-dessus de la tête. Il baigne dans une histoire familiale particulière, son père est alcoolique depuis de nombreuses années, son frère est également concerné. La période du COVID-19 a constitué un tournant. Comme pour beaucoup de personnes, le confinement a eu un fort impact sur sa santé mentale. Il a été particulièrement exposé au COVID dans son métier. Il a vécu des situations difficiles qui l’ont fragilisé et l’alcool est devenu un refuge.

Comment la formation Premiers secours en santé mentale a-t-elle permis à Stan de réagir efficacement ?

Stan : Sa forte consommation d’alcool a commencé à peser de manière importante sur sa relation amoureuse. La rupture a tout précipité et a déclenché chez lui une détresse psychologique particulière. Il n’avait plus qu’une envie : se noyer dans l’alcool. Il était sans arrêt ivre et parlait souvent de la mort et de laisser les autres en paix. C’était un appel à l’aide.

À un moment où j’avais du mal à établir la communication avec lui par téléphone, j’ai fait le choix d’appeler le 3114, qui est le numéro national de prévention suicide. Il nous a été communiqué pendant la formation PSSM.

J’ai été particulièrement bien accompagné par une personne professionnelle de la santé mentale, qui m’a écouté, qui m’a donné des clés de compréhension. Elle m’a également proposé de prendre contact directement avec mon ami, car lui n’en avait pas la force. Cela m’a vraiment soulagé.

Elle l’a contacté à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il réponde. Ils ont fini par échanger. Même si mon ami n’a pas beaucoup de souvenirs de cette conversation, il a la sensation d’avoir été écouté et garde une impression très positive de cet appel.

Stan : Aujourd’hui, il est rétabli. Il a été accompagné, il a fait une cure d’un mois en centre, qui a fait vraiment des merveilles. Aujourd’hui, ça fait bientôt un an qu’il est sobre, et qu’il a repris sa vie en main.

Quelle approche spécifique doit-on avoir face à une personne en état d’ébriété ?

Jean-Michel Delile : Si vous êtes face à une personne en état d’ébriété, mais consciente, la première chose à faire est de veiller à la mettre en sécurité. Cela signifie s’assurer qu’elle rentre chez elle dans de bonnes conditions : appeler un taxi, demander à un ami de la raccompagner, etc. On ne la laisse surtout pas rentrer par ses propres moyens, en raison des risques d’accident, mais aussi d’agression et d’abus divers.

Si la personne commence à perdre conscience, il faut intervenir immédiatement. On la met en position latérale de sécurité pour éviter qu’elle vomisse ou qu’elle ne ravale ce qu’elle vient de vomir et on appelle immédiatement les secours.

Jean-Michel Delile : Lorsqu’une personne boit régulièrement et que cela s’intensifie, il faut être attentif à une possible perte de contrôle et à une évolution vers un trouble de l’usage de l’alcool.

« Il est alors important d’aborder la question avec elle, sans jugement ni discours moraliste. L’objectif est de comprendre, sur un terrain d’égal à égal, ce qu’il se passe »

Jean-Michel Delile, Psychiatre, Directeur général du CEID-Addictions, Président de la Fédération Addiction – membre du CSP PSSM France

Jean-Michel Delile, Psychiatre, Directeur général du CEID-Addictions, Président de la Fédération Addiction - PSSM Formation

Dans ces situations, il est conseillé de :

  • adopter une posture horizontale : ne pas se placer en expert, mais plutôt en ami ou collègue selon la relation ;
  • exprimer simplement ce qui a été observé (ivresse aiguë, comportements ou conséquences visibles) sans jugement ;
  • proposer d’échanger sur le sujet de manière ouverte ;
  • se positionner comme une personne disponible, aidante et présente ;
  • ouvrir rapidement la discussion avec des questions comme : « Qu’est-ce que tu penses de ta situation, de ta consommation ? » ;
  • encourager la réflexion personnelle : « Est-ce que tu n’as pas l’impression que par moments, c’est un peu trop ? »

Généralement, dans un cadre perçu comme sûr, calme et bienveillant, la personne s’ouvre peu à peu. C’est le début du mouvement et du changement.

Vous aussi, apprenez à aider vos proches grâce à la formation PSSM Standard ou PSSM Jeunes.
Je me forme

Le témoignage de Christine, secouriste en santé mentale depuis 2019

Christine : J’ai choisi de vous parler d’une intervention qui s’est déroulée lors d’un repas entre amis. Au cours de ce repas, j’ai observé qu’un de mes amis avait, au fil du temps, bu l’intégralité d’une bouteille de vin rouge.

Très calmement, je l’ai interpellé sur le fait qu’il termine la bouteille et je lui ai demandé s’il s’en était rendu compte. À ce moment-là, je me disais qu’il y avait comme un décalage entre la quantité d’alcool qu’il venait d’ingérer et ce qu’il me renvoyait comme comportement…

Pour découvrir l’intégralité du témoignage de Christine, écoutez notre podcast Apprendre à aider : les troubles liés à la consommation d’alcool

La Méthode AÉRER© en situation réelle

Méthode AÉRER PSSM Formation

Voici comment Christine s’est appuyée sur la méthode AÉRER© apprise lors de sa formation pour venir en aide à son ami. Son témoignage montre comment cette méthode lui a permis d’ouvrir le dialogue sur le sujet, calmement, sans jugement pour progressivement déclencher une prise de conscience chez son ami.

  • Approcher la personne : Christine interpelle en douceur son ami sur le fait qu’il a bu une bouteille de vin à lui seul pendant le dîner et lui demande s’il s’en est rendu compte. Elle lui demande également comment il se sent.
  • Écouter activement et sans jugement : Christine a posé plusieurs questions à son ami en prenant soin d’adopter une posture bienveillante et de respecter le temps dont il avait besoin avant d’aborder le sujet une nouvelle fois.
  • Réconforter et informer : elle le rassure en lui disant que s’il se sent bien, tant mieux, tout en lui expliquant à quoi correspond la quantité d’alcool ingéré : « un verre standard d’alcool, c’est dix grammes d’alcool. Et dans une bouteille de vin, au regard du degré du vin ingéré, tu as bu à peu près 70 grammes d’alcool, soit 7 verres standards. » Elle ajoute également que les recommandations officielles préconisent de ne pas boire plus de deux verres par jour et de ne consommer aucune goutte d’alcool pendant au moins deux jours par semaine. Elle lui demande si cela est son cas.
  • Encourager à aller vers des professionnels : plusieurs jours s’écoulent. Pendant une conversation téléphonique, son ami lui avoue avoir réfléchi à sa consommation et s’être rendu compte qu’il est sûrement un peu au-dessus des recommandations. Christine lui suggère qu’il est possible de se faire aider et lui demande si cela est envisageable pour lui, avec toujours beaucoup de douceur pour ne pas le brusquer.
  • Renseigner sur les ressources disponibles : Christine a joué son rôle de secouriste, elle a informé son ami des ressources disponibles. Celui-ci a ensuite décidé de prendre rendez-vous avec son médecin généraliste pour en discuter.
Le saviez-vous ?
Inspirée du modèle australien développé par (MHFA®I), la méthode AÉRER© est enseignée à l’ensemble des secouristes formés aux PSSM. Elle se base sur des fondements scientifiques et pédagogiques.
En savoir plus

La méthode AÉRER© ne se substitue jamais à l’intervention des services d’urgence ou à un suivi médical : son rôle est d’offrir un premier soutien, de rassurer, d’accompagner et d’orienter vers les ressources appropriées. Pour dérouler ce plan d’action correctement, il est indispensable de suivre la formation de secouriste en santé mentale.

Christine : Il va bien, mais est toujours en réflexion sur sa consommation et sur le fait d’aller plus loin dans un accompagnement. Pour ma part, j’ai fourni à cette personne un carnet de PSSM pour mieux comprendre les troubles liés à la consommation d’alcool, ainsi qu’une variété de ressources sur cette thématique, notamment le site web « Alcool Info Service ».

Il a désormais des informations à sa disposition. Maintenant, c’est à lui de s’en saisir. Son médecin est informé et il sait aussi que nous pouvons en discuter librement.

Aider un proche ayant des troubles de consommation d’alcool : le rôle essentiel du secouriste en santé mentale

Les témoignages de Stan et de Christine montrent que, face à quelqu’un présentant des troubles de consommation d’alcool, il est important d’ouvrir le dialogue calmement, sans jugement, d’être présent, mais aussi patient, puis d’orienter la personne vers les bons professionnels.

Comme le souligne également Christine : « la formation PSSM nous donne un plan d’action, une méthode et de bons réflexes. En situation de stress, face à quelqu’un qui ne va pas bien, c’est ça qui va prendre le dessus. On sait comment mieux gérer une situation. »

La formation Premiers secours en santé mentale permet d’apprendre à :

  • repérer les signes d’alerte 
  • ouvrir le dialogue 
  • écouter sans juger 
  • orienter vers les professionnels adaptés 
  • soutenir sans se substituer aux soins

Elle permet également d’adopter les bons réflexes dans des situations plus à risques, comme en témoigne la réaction de Stan, qui a choisi de contacter le 3114, numéro national de prévention suicide, face à la grande détresse de son ami.

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le podcast Apprendre à aider : les troubles liées à la consommation d’alcool
J’écoute le podcast
  • Écoutez l’épisode de notre podcast Apprendre à aider en intégralité
  • Mieux comprendre le trouble lié à la consommation d’alcool grâce à notre carnet du secouriste. Il permet de sortir des idées reçues sur l’alcool et de comprendre que chaque parcours est unique. Il propose des outils concrets pour aider sans culpabiliser ni brusquer, et surtout, pour réagir de manière éclairée lorsqu’une situation devient critique
  • Découvrez un autre témoignage de secouriste : comment aider une personne souffrant de troubles psychotiques ?
  • Découvrez notre dossier spécial « Parole de secouristes » qui récolte les témoignages de secouristes en santé mentale
  • Vous aussi, apprenez à aider vos proches grâce à la formation PSSM Standard ou PSSM Jeunes.

D’autres articles qui pourraient vous intéresser

Tous les articles