Articles Témoignage La santé mentale au cinéma : interview d’Amaury Pascaud

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19 Mar 2026 Temps de lecture : 6 minute(s).

La santé mentale au cinéma : interview d’Amaury Pascaud

Au quotidien

Amaury Pascaud est le producteur de Soyons Fous, un long métrage documentaire qui raconte comment une équipe de personnes fragilisées par des troubles psychiques s’embarque dans la création d’un film d’aventure. Également secouriste en santé mentale, il nous explique comment sa formation PSSM a influencé sa vision de la santé mentale.

Soyons Fous - Amaury Pascaud et PSSM
Photo de tournage – Soyons Fous

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de travailler sur le thème de la santé mentale ?

La santé mentale est un sujet qui me touche depuis longtemps, notamment pour des raisons personnelles. Lorsque Quentin Perez, un réalisateur avec qui je collabore depuis plusieurs années, m’a proposé de travailler sur un film abordant cette thématique sous un angle différent, non pas dans un cadre médical, mais à travers une aventure humaine, j’ai tout de suite été intéressé.

« Trop souvent, dans les films, les personnes vivant avec des troubles psychiques sont représentées comme dangereuses ou dépendantes, et rarement comme des êtres humains à part entière »

Amaury Pascaud, producteur de Soyons Fous

Amaury Pascaud PSSM France

C’est précisément cette humanité que nous souhaitions rendre visible, loin des clichés qui isolent et stigmatisent. C’est ainsi qu’est né le long métrage documentaire Soyons Fous.

Comment avez-vous découvert la formation PSSM ?

C’est l’une des participantes de Soyons Fous qui m’en a parlé pour la première fois. J’ai ensuite eu l’opportunité de rencontrer une formatrice lors d’une action de sensibilisation à la santé mentale, qui m’a fait prendre conscience de la valeur et de l’intérêt de cette formation.

Je me suis dit que c’était quelque chose d’important à faire, tant pour des raisons personnelles que professionnelles. La formation prenait alors de l’ampleur en France, et le moment me semblait particulièrement opportun pour m’y engager.

En tant que secouriste en santé mentale, comment intégrez-vous les compétences acquises lors de la formation dans votre quotidien professionnel ?

Ce sont souvent des compétences que l’on mobilise sans en avoir pleinement conscience. Ce qui me semble particulièrement précieux, c’est le développement de l’écoute active. Je comprends aujourd’hui qu’une réaction qui peut paraître disproportionnée dissimule souvent une détresse qui cherche à être entendue.

La formation ma également permis de mieux repérer les signaux faibles, ces détails qui peuvent paraître anodins mais qui, lorsqu’on y prête attention, peuvent s’avérer déterminants.

Il peut paraître surprenant de le formuler ainsi, mais ces compétences permettent également de devenir meilleur manager. On devient plus attentif aux autres et à soi-même.

D’un point de vue personnel, que vous a apporté cette formation de secouriste en santé mentale ?

À titre personnel, cette formation m’a d’abord appris à m’écouter moi-même. Dans un métier où l’on est souvent sous pression, j’ai réalisé à quel point je pouvais négliger mes propres signaux de fatigue ou de stress.

Cet apprentissage dépasse également le cadre professionnel. Il m’a rendu plus attentif au quotidien : mieux accompagner un proche traversant une période difficile, être plus vigilant auprès de mes amis et de ma famille, et porter une attention sincère à la santé mentale de mes enfants, en m’autorisant à en parler ouvertement. La formation m’a aussi enseigné une chose essentielle : ne jamais juger celles et ceux qui vont moins bien.

En quoi le cinéma peut-il jouer un rôle actif dans la déstigmatisation des troubles psychiques ?

J’ai la conviction que le cinéma recèle un pouvoir extraordinaire : celui de nous faire découvrir d’autres façons de penser, d’autres façons d’être, et par là même, de transformer notre regard sur le monde. 

Certains films engagés, qui mettent en lumière des enjeux de société et des personnages auxquels le public peut s’identifier, alimentent le débat et peuvent aboutir à une véritable prise de conscience collective.

En abordant la santé mentale et les troubles psychiques de manière nuancée et fédératrice, sans tomber dans les clichés, un film peut provoquer des discussions dans les médias et dans l’ensemble de la société. Il contribue à briser les tabous, afin d’encourager la prévention et faciliter l’accompagnement des personnes concernée par des problématiques de santé mentale.

C’est précisément l’ambition de Soyons Fous. Si son existence pouvait contribuer à libérer la parole et à aborder la différence et la fragilité de chacun avec bienveillance, nous en serions pleinement comblés.

Comment avez-vous abordé la question de la santé mentale sur le tournage de Soyons Fous ?

Soyons fous PSSM France

Dès le départ, nous avons choisi de partager nos interrogations et nos doutes avec l’ensemble de l’équipe, afin de comprendre ce qui leur convenait et comment ils envisageaient les choses. N’étant pas des spécialistes de la santé mentale, il nous semblait indispensable d’adopter une posture de transparence vis-à-vis des personnes directement concernées par les problématiques traitées.

Même sur des questionnements sérieux, par exemple, la présence ou non d’un psychiatre pendant le tournage, c’est en échangeant, en partageant nos ressentis que nous avons pu prendre une décision.

Nous avons également bénéficié du soutien de structures expertes, telles que l’Agefiph, Arihm Conseil, l’Unafam et la Fondation Falret, dont l’accompagnement a été précieux tout au long du projet.

La sortie du documentaire est prévue pour la fin d’année 2026.
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