Articles Témoignage Comment un établissement public de santé mentale prend soin de ses professionnels : l’exemple de l’EPSAN

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21 Juil 2026 Temps de lecture : 6 minute(s).

Comment un établissement public de santé mentale prend soin de ses professionnels : l’exemple de l’EPSAN

Au travail
Discussion EPSAN - PSSM Formation

L’EPSAN est un établissement public de santé mentale dont la mission principale est de soigner les troubles psychiques chez les adultes, les enfants et les personnes âgées. Consciente que la santé mentale de ses professionnels représente aussi un enjeu majeur, l’établissement développe de nombreuses actions de prévention, d’accompagnement et de formation, dont les Premiers secours en santé mentale.

EPSAN et PSSM Formation

Rencontre avec Yasmine Sammour, directrice de l’EPSAN et Maria Kuhn-Medina cadre de santé, toutes deux secouristes en santé mentale.

Comment l’EPSAN s’engage dans la protection de la santé mentale de ses collaborateurs ?

Yasmine Sammour, directrice de l’établissement : On pourrait penser que, parce que nous soignons la santé mentale, nous sommes parfaitement organisés pour prendre soin de celle de nos professionnels. En réalité, cette prise de conscience est assez récente.

Depuis trois ans, notamment à la suite d’un diagnostic sur les risques psychosociaux, nous avons davantage structuré notre démarche. Il existait déjà des dispositifs d’accompagnement psychologique, notamment après des situations de violence ou d’agression, mais nous avons cherché à les formaliser, à les rendre plus lisibles et à les compléter.

Nous avons ainsi renforcé les supervisions d’équipe, reconstitué un service de santé au travail complet avec notamment une psychologue du travail, créé des outils pour les managers, développé des cafés managers et nous préparons également des groupes de co-développement.

En parallèle, nous avons mis en place un dispositif de signalement des violences internes, des accompagnements spécifiques pour les équipes en difficulté ainsi que des Journées Qualité de Vie et Conditions de Travail consacrées notamment à la santé mentale.

Le suicide d’un professionnel sur son lieu de travail, il y a trois ans, a également profondément marqué l’établissement. Ce drame a accéléré notre prise de conscience et renforcé notre volonté d’agir.

Les pensées suicidaires parlons-en !

Maria Kuhn-Medina, cadre de santé : Effectivement, ces trois dernières années, la préoccupation autour de la santé mentale est montée en puissance. Nous avons donc mis en place des formations aux PSSM ouvertes à tous au sein de l’établissement.

Nous avons également travaillé sur un guide des entretiens managériaux dans lequel nous avons intégré un entretien de soutien psychologique. Nous nous sommes d’ailleurs beaucoup inspirés de la formation PSSM pour aider les managers à repérer une souffrance psychique, à savoir comment réagir et vers quels relais orienter.

Quelle place occupe la formation PSSM dans la politique de votre établissement ?

Yasmine Sammour : La santé mentale de nos professionnels est un enjeu très important. Dès le départ, nous avons voulu que les formations les Premiers secours en santé mentale soient ouvertes à des profils très variés.

L’intérêt est de croiser les regards et d’éviter une approche uniquement centrée sur la psychiatrie. Nous avons accueilli des infirmières du travail, des professionnels de structures privées, notamment des RH, mais aussi toutes les catégories professionnelles de l’établissement : soignants, personnels administratifs, jardiniers, etc.

J’ai demandé que toute l’équipe de direction soit formée aux PSSM ainsi qu’aux risques psychosociaux. Pour moi, il était important que les managers disposent de ces connaissances.

Nous avons également été sollicités par les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé afin d’ouvrir nos sessions de formation à des professionnels libéraux.

Y a-t-il un trouble psychique que vous identifiez plus particulièrement ou plus fréquemment auprès de votre public  ?

Maria Kuhn-Medina : Dans un établissement comme le nôtre spécialisé en psychiatrie, nous rencontrons beaucoup de stress, d’anxiété, mais aussi de dépression et parfois des situations de consommations de substances ou des addictions.

Les PSSM nous apportent des repères pour gérer ces situations. Nous nous appuyons également sur toute l’organisation mise en place dans l’établissement : le service de santé au travail, les ressources disponibles, les Journées Qualité de Vie et Conditions de Travail.

L’objectif est d’accompagner les personnes au bon moment, avec le moins de conséquences possible pour elles, leurs collègues et les personnes qu’elles accompagnent. C’est tout cela que je retrouve dans la formation PSSM et c’est pour cela que j’y crois beaucoup.

En tant que secouristes en santé mentale, comment intégrez-vous les compétences acquises lors de la formation dans votre quotidien professionnel ?

Yasmine Sammour : Même si la formation ne dure que deux jours, les connaissances apportées sont énormes. Elle permet de mieux comprendre les troubles psychiques, mais surtout d’acquérir des réflexes et des conduites à tenir.

La question du suicide m’a particulièrement impactée, compte tenu de l’histoire de notre établissement.

Aujourd’hui, cette formation influence ma façon d’être attentive aux autres, aussi bien au travail que dans ma vie personnelle.

Avez-vous un exemple de situation où la formation PSSM vous a été utile ?

Maria Kuhn-Medina : Tous les apports de la formation PSSM sont utiles au travail, mais aussi dans la vie personnelle. Une fois la méthode AÉRER© intégrée, elle devient presque un réflexe.

Très récemment, dans ma vie personnelle, une personne de mon entourage a traversé une crise de panique. Lui dire que les crises de panique sont courantes, que beaucoup de gens en vivent l’aide à les relativiser et à ne plus se sentir seule.

Nous rappelons aussi toujours à nos collaborateurs qu’il faut d’abord prendre soin de sa propre santé mentale avant de pouvoir accompagner les autres.

Que vous a apporté cette formation de secouriste en santé mentale ?

Yasmine Sammour : La formation a organisé des connaissances que j’avais déjà et m’a surtout apporté des réflexes concrets. Je retiens particulièrement l’importance de prendre soin de soi, comme le souligne justement madame Kuhn-Medina. Mais aussi de savoir passer le relais lorsque l’on n’est pas la bonne personne pour accompagner une situation.

Maria Kuhn-Medina : J’aimerais qu’un maximum de professionnels, de partenaires et même de personnes extérieures puisse bénéficier de cette formation. Au-delà des connaissances, elle apporte une meilleure compréhension des troubles psychiques, des ressources disponibles et contribue à déstigmatiser la santé mentale. C’est aussi ce qui permet aux personnes souffrant de troubles psychiques de comprendre qu’elles ne sont pas seules à vivre certaines difficultés.

Vous aussi, apprenez à aider en vous formant aux Premiers secours en santé mentale.

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