En cas d’urgence
Vous vous sentez en souffrance ? Vous avez besoin d’une aide immédiate ? Appelez le 15 ou le 3114. 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L’appel est gratuit et confidentiel. En savoir plus.
Ce témoignage est issu de l’épisode 3 du podcast Apprendre à aider, le podcast de PSSM France consacré au secourisme en santé mentale.

Que peut faire concrètement un secouriste en santé mentale lorsqu’une personne lui confie ses pensées suicidaires ? Comment réagir sans chercher à prendre en charge seul une situation qui inquiète ? Comment savoir quand écouter, quand orienter et quand passer le relais ?
Dans ce témoignage issu du podcast Apprendre à aider, Stéphanie et Anne, toutes deux secouristes en santé mentale, racontent des situations auxquelles elles ont été confrontées. Elles témoignent de ce que la formation PSSM leur a apporté et de la manière dont elle a changé leur façon de réagir face à une personne en souffrance.
Le psychiatre Christophe Debien, impliqué dans les dispositifs VigilanS et 3114, apporte également son éclairage sur la crise suicidaire et sur le rôle que chacun peut jouer pour aider une personne en souffrance.
« La première chose qu’on vous apprend en formation, c’est de vous taire et d’écouter »
Quelques semaines seulement après sa formation PSSM, Stéphanie est confrontée à une situation qui aurait pu la déstabiliser. Une amie lui confie qu’elle a des pensées suicidaires et qu’elle ne sait plus comment faire pour s’en sortir.
Le témoignage de Stéphanie, secouriste en santé mentale
« Quelques temps après ma formation, une amie m’a confiée qu’elle traversait une période difficile. Je savais déjà depuis quelque temps qu’elle n’allait pas très bien. Mais un jour, elle m’a parlé de ses pensées suicidaires. Elle m’a expliqué qu’à ses yeux, la situation serait peut-être plus simple si elle n’était plus là. »
Face à cette confidence, Stéphanie explique que sa première réaction aurait probablement été très différente avant sa formation PSSM. Comme beaucoup de personnes confrontées à la souffrance d’un proche, elle aurait pu chercher à le rassurer immédiatement ou à lui rappeler les raisons de vivre.
« Autant vous dire que quand elle m’a annoncé ça, c’était très déstabilisant. Par chance, j’avais la formation PSSM encore bien en tête. Malgré toute mes émotions, je me suis dit « ok, ce qu’elle te partage est important, écoute-la ». Avant la formation, mon premier réflexe aurait été de lui dire « tu ne peux pas faire ça, on a besoin de toi, tu as une famille, des enfants ». Ce qu’il ne faut absolument pas faire, même si on a envie de protéger l’autre.
La formation aux PSSM lui a appris à adopter une autre posture : accueillir la parole avant de chercher une solution.
« Mais quand on fait la formation, on apprend à se taire et à écouter. Accueillir les paroles de l’autre, c’est la clé. Ne pas le juger, rester en retrait et lui demander comment on peut l’aider en lui disant par exemple : « J’entends ce que tu me dis, j’entends ce qui se passe, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? »
Pour Stéphanie, cette écoute a permis à son amie d’exprimer ce dont elle avait réellement besoin à ce moment-là : du soutien et une présence.
« Et on ne juge pas, parce que bien évidemment, à partir du moment où on va chercher à culpabiliser, on juge l’autre, on lui dit que ce qu’il veut faire n’est pas bien. Donc on reste en retrait et on questionne : qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Comment je peux t’aider ? De quoi tu as besoin là tout de suite ? Et ce jour-là, elle m’a dit « J’ai juste besoin que tu m’écoutes, j’ai besoin de toi, j’ai besoin que tu entendes ça et j’ai besoin de soutien ».
De l’écoute à l’orientation
Stéphanie ne cherche pas à prendre en charge la situation toute seule. Elle propose à son amie différentes possibilités pour trouver une aide adaptée, notamment de contacter le 3114 ou un thérapeute. Elle lui propose également de faire la démarche ensemble.
« Je lui ai proposé qu’on appelle ensemble. Parce que moi, j’étais très inquiète. Je lui ai partagé ce que je ressentais. A ce moment-là, elle devait aller chercher ses enfants à l’école mais elle m’a promis d’appeler et de me tenir au courant. Ce qu’elle a fait le soir même : son thérapeute était contacté et un rendez-vous était fixé. »
Pour Stéphanie, cette expérience illustre un principe essentiel du secourisme en santé mentale : être présent sans chercher à se substituer aux professionnels. Le rôle du secouriste n’est pas de résoudre seul la situation, mais d’apporter un premier soutien et d’aider la personne à se rapprocher des ressources adaptées.
Aujourd’hui, son amie va bien.
« Elle va bien, très bien même parce qu’elle a pris soin d’elle. Elle a trouvé un espace dans lequel elle a partagé ce qui n’allait pas, et cet espace lui a permis de se raccrocher au positif dans sa vie. Elle avait simplement besoin de l’entendre de quelqu’un d’autre et de le déposer. »
« La formation m’a apporté de la structure et la capacité à réagir »
Pour Stéphanie, cette situation n’est pas la seule à avoir changé de sens après sa formation. Quelques années auparavant, alors qu’elle exerçait comme coach professionnelle, un client lui avait déjà confié avoir l’envie de mettre fin à ses jours.
Mais cette fois-là, sans les repères concrets appris en formation, elle avait été prise de court. Bien qu’elle ait déjà su écouter et poser les bonnes questions à l’époque, elle ne savait pas encore qu’elle pouvait elle aussi, demander de l’aide.
La formation PSSM lui a notamment permis de découvrir le 3114 et de comprendre qu’un secouriste en santé mentale n’a pas à gérer seul une telle situation.
Selon Stéphanie, la formation permet surtout de savoir comment aller vers l’autre, quoi lui dire et vers qui se tourner.
Ce que la formation change face à une crise suicidaire
Le témoignage de Stéphanie montre concrètement ce que la formation peut changer dans la manière de réagir. Mais pourquoi est-il si important d’aller vers une personne qui semble aller mal ?
Le regard d’expert : Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille
Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille et impliqué dans les dispositifs VigilanS et 3114, rappelle que la crise suicidaire s’inscrit généralement dans un processus et que son repérage précoce constitue un enjeu majeur de prévention.
« La crise suicidaire, prend du temps. Souvent, on pense qu’on passe à l’acte du jour au lendemain. Mais avant, il y a tout un processus d’environ six mois. »
Selon lui, cette notion de processus est essentielle : une personne en crise suicidaire cherche souvent d’abord des solutions pour faire cesser une souffrance devenue difficilement supportable.
« Qu’est-ce qui se passe pendant ces six mois ? La souffrance psychique, qui est liée à une accumulation de problèmes, s’intensifie. La personne qui ressent cette souffrance, essaye de trouver des solutions pour s’en sortir. Et devant ces solutions qui ne fonctionnent pas, la souffrance psychique s’amplifie, s’amplifie, s’amplifie, jusqu’à devenir insupportable. C’est pour essayer de s’extraire de cette souffrance, qu’il y a la tentative de suicide. Donc véritablement, on voit que c’est tout un processus. »
Cette approche rappelle surtout l’importance du repérage et de l’intervention précoces : lorsqu’une personne semble aller mal, oser aller vers elle peut permettre d’ouvrir un espace de dialogue avant que la situation ne s’aggrave.
Christophe Debien insiste également sur la difficulté, pour un proche, de percevoir la souffrance d’une personne à laquelle il est attaché.
« Souvent, on se dit : « j’aurais dû voir ». Alors d’abord, quand on est proche, on ne peut pas voir. Parce qu’on a un masque devant les yeux, le masque de l’émotion, le masque de l’amour – je vais l’appeler comme ça. Et ça, c’est la première chose. Et la deuxième chose : ce n’est pas le métier du proche. »
« C’est compliqué de voir la souffrance d’un proche, d’autant plus qu’il ne veut pas le montrer pour ne pas vous inquiéter. C’est un grand classique. Il faut vous déculpabiliser : vous êtes là pour aimer, pas forcément pour repérer »
Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille – VigilanS & 3114
Vous aussi, apprenez à aider vos proches grâce à la formation PSSM Standard ou PSSM Jeunes.
Je me formeOser poser la question grâce à la formation
Pour une personne qui n’a jamais été formée, demander directement à quelqu’un s’il pense au suicide peut sembler difficile. La peur de mal faire ou de ne pas savoir quoi répondre peut empêcher d’aller vers l’autre.
Pour Christophe Debien, la première étape consiste donc aussi à s’interroger sur sa propre capacité à aider.
« Alors avant tout, il faut se demander « est-ce que je me sens de le faire ? Est-ce que je suis suffisamment disponible dans ma tête, dans ma vie, pour aller aider les autres ? » On ne peut pas aider les autres si on ne va pas bien soi-même. Ça, c’est vraiment une leçon. La deuxième chose c’est : « est-ce que je n’ai pas peur d’aller vers l’autre ? » Souvent, la peur est liée à l’ignorance. »
Selon Christophe Debien, c’est là tout l’enjeu de la formation PSSM : pouvoir sortir de cette peur, oser aller vers et commencer à dialoguer. C’est également acquérir le vocabulaire pour interroger la personne jusqu’à ses idées suicidaires et l’orienter vers les bonnes ressources.
C’est précisément ce que montre notre deuxième témoignage, celui d’Anne.
Quand une secouriste aide un proche à poser la bonne question
Anne est secouriste en santé mentale depuis 2022. Elle raconte comment elle a été sollicitée par un jeune homme inquiet pour sa compagne qui avait exprimé des pensées suicidaires. Il avait déjà entrepris plusieurs démarches pour l’aider, mais il restait très inquiet et ne savait pas comment aborder directement la question du suicide.
En premier lieu, Anne lui a conseillé de contacter le 3114, numéro national de prévention du suicide. Puis elle a pu échanger avec lui.
« J’ai eu ce jeune homme au téléphone qui m’a expliqué la situation, et qui avait déjà contacté deux fois le 3114 sur mes conseils. Le professionnel qu’il avait eu au bout du fil lui avait conseillé de poser directement la question à sa compagne, pour savoir si elle avait l’intention de mettre fin à ses jours. Et elle lui a répondu que non, en réalité elle ne souhaitait pas mettre fin à ses jours, mais qu’elle allait tellement mal qu’elle ne savait plus comment s’en sortir. »
La réponse de la jeune femme a permis de mieux comprendre la situation. Pour Anne, cette situation montre aussi l’importance de ne pas rester seul face à une situation inquiétante. Le 3114 peut être contacté par une personne inquiète pour quelqu’un d’autre, et pas uniquement par la personne qui a des pensées suicidaires.
Face à une urgence, savoir passer le relais
Anne raconte également une situation rencontrée dans le cadre de son activité professionnelle. Cette fois-là, le danger de l’acte suicidaire lui a semblé imminent.
Dans ce type de situation, le rôle du secouriste n’est pas de gérer seul l’urgence : il doit savoir mobiliser immédiatement les professionnels et les services compétents.
Dans son témoignage, Anne raconte comment elle a demandé de l’aide au CHU et au SAMU afin que la situation soit évaluée et prise en charge par les professionnels concernés.
Écoutez le podcast dans son intégralité pour découvrir cette situation racontée par Anne.
La Méthode AÉRER© en situation réelle

Les témoignages de Stéphanie et d’Anne montrent concrètement comment la méthode AÉRER© peut guider l’intervention d’un secouriste en santé mentale face à une personne en souffrance.
- Approcher la personne : Stéphanie a accueilli la parole de son amie lorsqu’elle lui a confié ses pensées suicidaires. Anne a également pris le temps d’échanger avec un proche inquiet pour sa compagne.
- Écouter activement et sans jugement : Stéphanie explique que son premier réflexe a été de « se taire et d’écouter », plutôt que de culpabiliser son amie ou de chercher immédiatement à la convaincre.
- Réconforter et informer : Stéphanie a proposé à son amie plusieurs ressources, dont le 3114 et les coordonnées d’un thérapeute. Anne a également orienté la personne qui l’avait contactée vers le 3114.
- Encourager à aller vers des professionnels : dans les deux situations, les secouristes ont aidé les personnes concernées ou leur entourage à se rapprocher de professionnels. Lorsqu’elle a estimé qu’un danger imminent était présent, Anne a également sollicité directement les services hospitaliers.
- Renseigner sur les ressources disponibles : le 3114 constitue notamment un relais essentiel. Les professionnels qui répondent peuvent évaluer la situation, apporter un soutien au téléphone et orienter vers les ressources adaptées.
Dans les situations racontées par Stéphanie et Anne, cette démarche ne signifie jamais que le secouriste doit résoudre la situation seul.
Au contraire : savoir aider, c’est aussi savoir demander de l’aide.
Le saviez-vous ?
Inspirée du modèle australien développé par (MHFA®I), la méthode AÉRER© est enseignée à l’ensemble des secouristes formés aux PSSM. Elle se base sur des fondements scientifiques et pédagogiques.
En savoir plusLa méthode AÉRER© ne se substitue jamais à l’intervention des services d’urgence ou à un suivi médical : son rôle est d’offrir un premier soutien, de rassurer, d’accompagner et d’orienter vers les ressources appropriées. Pour acquérir les repères nécessaires à la mise en œuvre de cette méthode, il est indispensable de suivre la formation de secouriste en santé mentale.
Ce que la formation PSSM change face à une situation qui fait peur
Les témoignages de Stéphanie et d’Anne montrent que connaître les troubles psychiques – et savoir comment réagir – peut changer la manière dont on vit une situation difficile. Stéphanie évoque la « structure » et la capacité à réagir de manière plus adaptée. Anne insiste, elle, sur le travail de réseau et sur la possibilité de demander conseil.
Toutes deux témoignent également d’une évolution de leur regard sur les troubles psychiques. Anne se souvient notamment d’une situation professionnelle vécue avant la formation, face à une personne souffrant de schizophrénie. Aujourd’hui, elle recommande la formation à tous.
« Je pense que la formation de secouriste en santé mentale m’a permis de démystifier un certain nombre de choses. Je la conseille à tout le monde. A tous citoyens et citoyennes, parce qu’on fait tous partie de la même société. On a tous besoin, je pense, d’être informés correctement sur ces troubles psychiques. C’est très important. »
La formation PSSM ne donne pas aux secouristes vocation à devenir des professionnels de santé. Elle leur apporte des repères pour savoir comment aller vers une personne en souffrance, écouter sans jugement, l’orienter vers les ressources adaptées et savoir quand passer le relais.
Le rôle du secouriste en santé mentale : aider sans se substituer
Face à une personne qui exprime des pensées suicidaires, le rôle du secouriste en santé mentale n’est pas de poser un diagnostic ni à assurer lui-même la prise en charge.
Son rôle est différent : aller vers, écouter, questionner, soutenir et orienter.
Les témoignages de Stéphanie et d’Anne montrent surtout l’importance de savoir reconnaître ses limites et de mobiliser les bonnes ressources.
Stéphanie aurait aimé savoir plus tôt qu’elle pouvait appeler le 3114. Anne, de son côté, rappelle qu’elle n’a jamais été seule dans les situations qu’elle raconte : elle a sollicité le 3114, l’hôpital, le SAMU et des professionnels de santé.
La formation PSSM permet ainsi d’acquérir des repères pour savoir comment réagir face à une situation qui inquiète, aider sans se substituer aux professionnels et savoir quand passer le relais.
Retrouvez l’intégralité du témoignage dans le podcast Apprendre à aider : les pensée suicidaires
J’écoute le podcastQuestions fréquentes
Que peut faire un secouriste en santé mentale face à une personne qui a des pensées suicidaires ?
Un secouriste en santé mentale peut apporter un premier soutien à une personne en souffrance : aller vers elle, l’écouter sans jugement, poser des questions, l’aider à identifier les ressources adaptées et l’orienter vers des professionnels. Il n’a pas vocation à poser un diagnostic ni à assurer seul sa prise en charge.
Un secouriste en santé mentale peut-il aider sans être professionnel de santé ?
Oui. La formation PSSM apprend aux secouristes à apporter un premier soutien face aux troubles psychiques ou aux situations de crise, dans les limites de leur rôle. Ils ne remplacent pas les professionnels de santé : ils peuvent notamment aider une personne à se rapprocher des ressources et des soins adaptés.
Le 3114 peut-il être appelé par un proche inquiet ?
Oui. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, peut être contacté par une personne qui s’inquiète pour quelqu’un de son entourage. Il constitue un relais important lorsqu’on ne sait pas comment réagir ou vers qui orienter une personne en souffrance.
Pour aller plus loin
Si vous êtes inquiet pour une personne qui exprime des pensées suicidaires, ou si vous êtes vous-même en souffrance, vous pouvez contacter le 3114, numéro national de prévention du suicide.
- Comment aider une personne qui a des idées suicidaires ? Retrouvez notre article sur PSSM France qui explique les bons réflexes pour repérer une situation préoccupante et agir.
- PSSM France propose également un carnet du secouriste en santé mentale consacré aux idées et comportements suicidaires : Mieux aider une personne ayant des idées et comportements suicidaires.
- Consultez Infosuicide.org, portail d’informations et d’échanges pour les personnes concernées par l’isolement et la prévention du suicide
- Vous aussi, apprenez à aider vos proches grâce à la formation PSSM Standard ou PSSM Jeunes
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